Les arriérés

Les fonctionnaires et les étudiants ont connu une précarisation généralisée depuis quelques années.

Du temps de Baré (pour s'y retrouver se repporter à la partie sur l'histoire), le gouvernement parvenait tant bien que mal à payer ses salariés tous les 40 ou 45 jours. Il cumulait ainsi petit à petit les mois d'arriérés. La situation est devenue intenable avec le gouvernement Wanké (de avril à novembre 1999) : pendant 9 mois consécutifs, les salaires et les bourses des étudiants n'ont pas été payés. Ceci porte aujourd'hui les arriérés à 21 mois pour les étudiants, et à 13 mois pour les salariés.

Les étudiants ont réagi par des manifestations à répétition. Mais le gouvernement n'a qu'à bloquer le pont pour contrôler toute manifestation, puisque l'université se trouve de l'autre côté du fleuve. Ils ont cependant obtenu au terme de 24 heures d'occupation du pont, la promesse du paiement de trois mois de bourse par le gouvernement militaire de Wanké. La promesse avait même été mise en œuvre, mais le nouveau gouvernement élu ne se sent pas tenu par les engagements de l'ancien, et a stoppé net le paiement. Aucun calendrier n'est fixé actuellement.

Les salariés se sont mis en grève générale et illimitée, en assurant quand même le service minimum. Ceci a paralysé le pays pendant un an, sans faire fléchir le gouvernement. Ils semble toutefois que la situation s'améliore, puisque les salaires de janvier ont été versés et que des négociations sont engagées pour les arriérés.

Le nouveau gouvernement, démocratiquement élu, hérite de ce lourd fardeau. Il est parvenu à payer le mois de janvier des salariés. Le reste est en négociation.

Dans ces conditions, la vie quotidienne tient de la survie. Les étudiants sont bloqués à l'université. Beaucoup viennent de villages lointains, mais peu ont les moyens de payer les quelques milliers de francs CFA nécessaires pour y retourner. La quatrième année blanche en 10 ans qu'est l'année 1999-2000 représente pour beaucoup une année de plus d'ennui et de difficultés. Pour se payer les objets nécessaires à la vie courante, tels qu'une brosse à dent ou du savon, certains doivent mettre de côté la boîte de sardine qui leur est servie avec de la semoule aux repas donnés au campus, pour la revendre 225 F CFA aux commerçants.

Pour les salariés, la débrouille est le maître mot. Les solidarités familiales et amicales, le recours au prêt leur permettent de survivre quand ils n'ont rien d'autre. La société nigérienne a cette chance dans son malheur qu'elle est restée solidaire et unie face à cette crise.